« Mafihach hchouma, nsme3 lik a benti/a weldi », Oser écouter son enfant sans le juger

Chers parents, 

Votre enfant a survécu au collège. Ouf. Vous pensiez le plus dur passé. Et voilà qu’en  seconde, il s’effondre. Ou pire : il tient jusqu’en terminale et craque à trois mois du bac. 

Je vois ça tous les jours. Je suis professeure de lycée, de la seconde à la terminale.  

Et ce que je veux vous dire aujourd’hui, c’est : ce n’est pas un retour en arrière. C’est une  nouvelle étape. Et elle se gère différemment. 

Parce que les trois grandes peurs de l’adolescent : les troubles DYS, le harcèlement, la phobie  sociale ne disparaissent pas au lycée. Elles muent.


Ce qui change au lycée (et ce qui vous échappe) 

Au collège, l’enfant subit. Au lycée, l’ado cache. C’est la grande différence. 

L’élève DYS qui compensait avec du travail acharné n’y arrive plus : le volume augmente, les  notes chutent, il pense être « trop nul pour le bac ». 

Le harcèlement n’est plus physique mais social et numérique : rumeurs, exclusion des  groupes Snapchat, « faux profils »… Et vous ne le voyez pas. 

La phobie sociale ne se manifeste plus par des pleurs le matin mais par une absence  silencieuse : « Je n’y vais pas aujourd’hui » sans explication. Ou pire : il y va, mais il ne dit plus  rien en classe. 

La double peine des élèves au Maroc : quand la difficulté rencontre la hchouma 

Un élève dyslexique lit mal à voix haute. Toute la classe se retourne. Il rentre chez lui. On lui  dit : « 3lach hadchi? » Hchouma, had l’9mi3. « Pourquoi ça ? » La honte, le regard des gens. 

Un élève victime de harcèlement ose enfin parler à ses parents. On lui répond : « Sber,  matgolch l7ad, chnu ghaygolo 3lina? » – « Tais-toi, ne le dis à personne, qu’est-ce qu’on va dire  de nous ? » 

Un élève phobique social refuse d’aller au tableau. On le traite de « khouwaf » (peureux). On  lui fait comprendre que sa peur est une faiblesse, pas une souffrance. 

L’enfant vit deux fois : une fois la difficulté, une fois la honte d’avoir cette difficulté. L’éducation basée sur l’9mi3 : un bouclier qui étouffe 

Je comprends d’où ça vient. On nous a élevés comme ça. « Chnu ghaygolo 3lina ? », « Que vont ils penser de nous ? » 

Cette éducation avait une intention : protéger. Éviter le scandale. Rester droit. Mais pour nos  ados d’aujourd’hui, ce bouclier est devenu un étau. 

Ils ne parlent pas. Parce qu’ils ont peur de la hchouma devant vous. Ils souffrent en silence.  Parce que avouer qu’on est harcelé, dyslexique ou terrifié à l’oral, c’est avouer qu’on n’est  pas « parfait » ; et dans notre culture, l’imperfection fait honte. 

Ce que les parents me demandent (et ce que je leur réponds) 

« Mais pourquoi il ne nous a rien dit ? » 

Parce qu’un adolescent préfère échouer seul que d’être « l’enfant à problèmes ». Il a honte de  lui. 

« C’est trop tard, il est en terminale. » 

Non.  

À titre d’exemple, le PAP (Projet d’Accueil Personnalisé) peut se demander toute l’année. Et  pour le harcèlement, les lycées ont désormais des équipes formées.  

Rien n’est trop tard. 

« Mon enfant n’est pas handicapé, il est juste anxieux. » 

L’anxiété sociale sévère est reconnue comme un handicap psychique. Une phobie scolaire  n’est pas une « flemme ». C’est une souffrance qui se soigne, avec des aménagements  pédagogiques et une prise en charge adaptée. 

Ce que vous pouvez faire, concrètement (sans être prof vous-même) 

  • Ne pas minimiser : « C’est juste le stress du bac » Non, parfois c’est plus profond. 
  • Aller au lycée : pas pour vous plaindre, pour demander : « Quels aménagements sont  possibles ? Mon enfant a-t-il des signes de mal-être que je ne vois pas à la maison ? » 
  • Consulter un professionnel tel un psychologue scolaire. Et si besoin, un orthophoniste  pour les DYS, même à 17 ans. 
  • Le plus important selon moi :  

Croire votre enfant. Quand il dit qu’il est harcelé, il ne ment pas. Quand il dit qu’il ne peut  pas parler en public, il n’exagère pas. 

Le message que je veux faire passer, en tant que prof 

Je passe plus de temps avec votre enfant que vous en semaine. Je vois quand il s’efface. Je  vois quand il ne mange pas à la cantine. Je vois quand ses notes chutent sans raison.

Mais je ne peux pas tout voir seule. J’ai besoin que vous veniez me parler. Pas pour  m’accuser. Pour qu’on soit ensemble dans la même équipe : celle qui veut que votre enfant  finisse l’année debout, pas en miettes. 

Une dernière chose 

Votre enfant n’est pas « fragile ». Il est confronté à un système qui n’a pas été pensé pour lui.  Et pourtant, chaque année, je vois des élèves DYS, harcelés ou phobiques sociaux décrocher  leur bac, parce qu’un parent a insisté, parce qu’un aménagement a été mis en place, parce  qu’on a arrêté de leur dire « c’est dans ta tête ». 

Ce n’est pas dans sa tête. C’est dans son quotidien. Et on peut l’aider à le rendre plus doux. 

Parce que parfois, le plus grand cadeau qu’on peut faire à un enfant qui a peur de la honte,  c’est de lui montrer qu’avec vous, il n’y a pas de hchouma. 

Et ça, chers parents, ça n’a pas de prix. Ni de notes. Ni de bac. 

Surtout, souvenez-vous : un enfant qui se sent écouté sans jugement devient un adulte qui  s’écoute lui-même. Et ça, ça l’aidera dans tous les aspects de sa vie : dans ses études, dans  son travail, dans ses amours, dans ses blessures… Parce que la confiance ne se commande  pas. Elle se cultive, en silence, une présence à la fois.





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