Reportage/ L’ancienne médina de Casablanca, Le menaçant ruine et l’incompréhensible laisser-aller !!

Rue Safi, Derb El Jadida, Derb Gnawa, quartier Mellah, Dar Miloudi, Chakib Arsalane… «La situation dans l’ancienne médina est d’une extrême gravité», ont averti cette semaine des associatifs, appelant les autorités à intervenir d’urgence dans cette zone de la métropole. Dans ces quartiers de la médina des habitations peuvent s’écrouler à tout moment en ces temps de fortes précipitations, préviennent les mêmes associatifs, qui estiment que les familles y courent un danger réel, à cause, disent-ils, des eaux sous leurs habitations déjà fragiles. Reportage.

Dans l’ancienne Médina de Casablanca, trop souvent touchée par les effondrements, des dizaines de familles bravent la mort chaque jour.

Les victimes des dernières précipitations pluvieuses, de forte intensité, se limitent jusqu’à présent à un mort et 4 blessés suite à l’effondrement jeudi 7 janvier, dans la soirée, du toit d’un four traditionnel dans la rue de Safi, selon les données annoncées. Mais le pire restait à craindre en raison des précipitations encore prévues dans les prochains jours.

Sur les lieux du drame, les gens ne décoléraient pas. «C’est l’écroulement de la maison mitoyenne qui a endommagé le toit du four, causant  la mort de notre ami. La maison menaçait ruine. Les responsables du projet de réhabilitation sont venus en 2015 et depuis, aucun responsable n’est venu s’enquérir de l’état de la construction», témoigne l’un des employés du four. Celui-ci, qui semblait encore sous le choc de la catastrophe, souligne que dans la rue de Safi, plusieurs autres habitations risquent de s’écrouler.

Plongée glaçante dans une réalité absurde !

Le Reporter, qui s’y est rendu ce vendredi 8 janvier, a effectué une plongée glaçante dans une réalité absurde que nos sources qualifient d’incompréhensible. La médina de Casablanca est concernée par un grand projet de réhabilitation et de restructuration et pourtant, disent-elles, plusieurs constructions ne sont pas rénovées !

Les images se révèlent inquiétantes. Beaucoup de familles habitent encore dans des maisons avec des fissures profondes constatées sur les murs voire même une partie du toit effondré. Plusieurs d’entre elles nous ont montré  leurs bagages qu’elles ont laissés à l’entrée de leur habitation, au cas où leur habitation venait à s’effondrer.

Le Reporter a visité plusieurs habitations dans la médina de Casablanca et le constat est on ne peut plus inquiétant. Point commun à ces constructions: Elles sont presque toutes vétustes et leurs murs sont fissurés et le sol montre un état d’érosion avancé, a constaté  Le Reporter. Certaines bâtisses sont mêmes dans un état de précarité très avancé. Elles risquent de s’effondrer à tout moment et doivent être démolies car elles représentent un danger pour les logements mitoyens.

Pas loin du lieu du drame de ce vendredi 7 janvier, dans la rue d’El Jadida, pour ne citer que cette zone, on se dit très préoccupé. «Vivre ici est devenu un vrai danger, surtout en période de pluies. Plusieurs maisons menacent ruine, mais aucun responsable n’est venu nous voir. Chaque fois que la pluie tombe, on ne peut pas dormir car on a peur de ne plus se réveiller», s’inquiétait Rabii qui est né à Derb El Jadida. Il y a grandi et habite la même maison avec ses parents.

Dans ce quartier, les habitants sont convaincus que les maisons ne cesseront pas de se dégrader, à cause du problème du réseau d’assainissement qui ne dessert pas cette partie de la médina et des eaux pluviales qui s’infiltrent sous les maisons. Selon eux, 11 rues seraient actuellement menacées par ce problème de réseau d’assainissement et des eaux sous les habitations.

«Quand on a procédé  au renouvellement des réseaux d’assainissement au niveau de la médina, il y a quelques années, les habitations situées dans cette rue n’ont pas été  reliées aux réseaux d’assainissement. Et c’est là un grand danger, à cause des fuites et des infiltrations d’eau sous les habitations déjà fragiles….Toutes les eaux pluviales qui se sont abattues sur la ville sont maintenant sous nos maisons», s’inquiète Said, un autre habitant de ce quartier qui longe le littoral et s’étend jusqu’au centre ville.

Pour rappel, en 2015, les services de l’Agence Urbaine de Casablanca chargée du projet de réhabilitation de la médina ont constaté qu’il y avait risque pour les habitations. Un étaiement d’urgence a été réalisé et les occupant des appartements menaçants ruine devaient vivre avec en attendant l’entretien de leur maison. Il fallait convaincre les familles vivant dans les bâtisses en danger, d’évacuer les lieux pour entamer les rénovations. Mais nombreux sont les ménages qui sont restés dans leur maison, malgré le danger qui les guette, indique-t-on.

C’est une image qu’on a l’habitude de voir depuis maintenant plus de cinq ans dans cette zone. Des étais métalliques, qui ont été mis en place provisoirement pour éviter une dégradation rapide des constructions, perdurent sans que des rénovations soient faites. Le témoignage de plusieurs familles illustre bien tout le paradoxe de ces étais métalliques qui ont été installés pour éviter une catastrophe mais qui s’éternisent.

«La situation n’est pas enviable. C’est comme si on était dans une prison. Cela fait cinq ans qu’on a mis en place ces étais métalliques sans que des travaux ne soient effectués pour la restauration de notre demeure qui présente plusieurs fissurations à cause de l’eau sous la construction et peut tomber à tout moment», lance Said, qui nous a invité à faire le tour de sa demeure.

«C’est la souffrance permanente, on est désespéré. La maison menace de s’écrouler à cause des eaux sous les habitations. Chaque année, lors des périodes de pluie nous vivons le même calvaire. La situation est vraiment difficile pour nos familles. Et la présence des étais métalliques n’arrange pas les choses. Nous avons adressé plusieurs lettres aux responsables de l’Agence urbaine mais en vain. Nos lettres sont restées sans réponse. Aucun responsable ne s’est déplacé pour voir notre situation ici», soupire Mohamed, qui est né à Derb El Jadida.

Comme Mohamed et Said, des dizaines de familles vivent avec ces étais métalliques depuis 2015. Des barres de fer au beau milieu de leur étroit espace de vie ! Certains occupants ont attendu que des travaux soient lancés pour la rénovation de leur construction, mais quand ils ont vu que rien n’a été fait, ils ont décidé d’enlever les étais métalliques que l’AU a mis en place pour éviter l’effondrement, confie-t-on.

Pourquoi ces étais métalliques perdurent, alors que leur mise en place était à l’origine provisoire ? «L’intervention de stabilisation et de réhabilitation devait se faire très rapidement pour éviter un effondrement des constructions. Car si rien n’est fait, on peut voir le même scénario que celui de l’hôtel Lincoln», souligne un architecte membre de l’Ordre national des architectes qui a requis l’anonymat.

Qui veut  laisser se dégrader la Médina ?

La région de Casablanca-Settat a fait face ces derniers jours  à de fortes précipitations qui se sont abattues sur la ville entraînant des dégâts et des perturbations dans différentes activités et même au niveau de la circulation. Dans certains quartiers de la médina, des habitations, vu leur état de délabrement, peuvent s’effondrer, souligne le président de l’Association Awlad L’Mdina, Moussa Sirajeddine.

«La situation est d’une extrême gravité. Les autorités doivent intervenir d’urgence. Car les familles y courent un danger réel après les dernières pluies, et ce problème de réseau d’assainissement qui n’y a pas été réalisé n’arrange pas les choses», dénonce Moussa Sirajeddine. Les infiltrations d’eau sous leurs habitations, notamment dans certaines rues comme derb Safi, El Jadida, Derb Gnawa, Mellah, Dar Miloudi, Chakib Arsalane, peut causer d’autres drames dans la médina, ajoute le président de l’association.

En tant qu’associatifs, poursuit Sirajeddine, qui alerte sur l’état des constructions dans l’ancienne médina de Casablanca, «nous n’avons pas arrêté de pointer les irrégularités qui avaient accompagné les travaux entrepris  dans le cadre du projet de réhabilitation de l’ancienne médina, ayant coûté dans sa première phase près de 33 milliards de centimes».

«Ces travaux de renouvellement des réseaux d’assainissement, qui ont été lancés dans la médina en 2010 et finalisés en 2013, nécessitaient un traitement particulier. Or, ils ont été confiés à une entreprise non expérimentée sans même procéder à un contrôle de l’exécution  de ses travaux» déplore le président de l’Association Awlad L’Mdina.

«On veut laisser se dégrader les maisons ? Les habitations qui – à tout moment-  risquent de tomber ne sont ni détruites, ni entretenues. En principe, on ne devrait plus entendre parler de relogement des habitants de la médina, surtout qu’on a un projet de restructuration et de réhabilitation qui totalise à ce jour plus de 90 milliards de centimes», martèle Moussa Sirajeddine, non sans colère.

Mohamed Laouina, un autre associatif, lui non plus, ne mâche pas ses mots. «C’est franchement révoltant qu’on ne fasse rien pour aider les occupants des habitations vétustes à sortir de leur calvaire. Plusieurs habitations ne sont pas encore entretenues. C’est à croire que certains n’attendent que la dégradation totale de la médina de Casablanca», lance Mohamed Laouina, un autre associatif.

«Les responsables du projet de réhabilitation et de restructuration de l’ancienne médina soutiennent  être en train de résoudre la problématique de ce quartier historique. Mais, à ce jour, on constate  que très peu d’efforts ont été faits», déplore Laouina, président de l’Association Abwabe Alkhamss, qui exprime «son ras le bol de l’indifférence des responsables» concernant le dossier de la médina.

En attendant une issue à ce dossier de l’ancienne médina, les dernières fortes précipitations, à l’origine des saturations des eaux de pluie et des débordements, continuent de semer la panique dans ce quartier historique de la métropole.

Reportage réalisé par N. Cherii

 

 

 

 

 

 

 

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