Croissance/Maroc : Jouahri prévoit un bond en 2020 !

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Lors de la conférence de presse tenue à l’issue de la 2ème  session du Conseil de Bank Al-Maghrib au titre de l’année 2019, Abdellatif Jouahri, wali de la banque centrale, s’est montré optimiste quant à l’évolution de la croissance nationale.

Relevant d’abord la poursuite du ralentissement de la croissance lors de l’année en cours, Jouahri a rassuré d’une hausse en 2020. Vacillant entre 4,2 et 4, la croissance a effectivement connu un trend baissier lors des trois dernières années, en passant de 4,2 en 2017 à 3 en 2018, puis à 2,8 en 2019.

D’après les données provisoires des comptes nationaux annuels, le ralentissement de la croissance s’accompagne d’une décélération de 15,2% à 4% pour le secteur agricole et de 2,9% à 2,6% pour les activités non agricoles.
En termes de perspectives, a poursuivi Jouahri, ces dernières devraient connaître, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib (BAM), un accroissement de leur valeur ajoutée de 3,6% en 2019, puis de 3,9% en 2020.
En tenant compte d’une production céréalière estimée par le Département de l’Agriculture à 61 millions de quintaux, BAM s’attend à ce que la valeur ajoutée agricole reculerait de 3,8% en 2019, avant d’augmenter de 6% en 2020, sous l’hypothèse d’une récolte moyenne. Dans ces conditions, a fait observer le wali, la croissance globale ressortirait à 2,8% en 2019. Elle marquerait cependant une accélération à 4% en 2020.
D’autre part, la wali a noté que l’inflation a été faible au cours des quatre premiers mois de 2019, avec une diminution en glissement annuel de l’indice des prix à la consommation de 0,1% en moyenne. Et jouahri d’expliquer que cette baisse est attribuable à celle des prix des produits alimentaires à prix volatils et, dans une moindre mesure, des prix des carburants et lubrifiants.
Ces facteurs, a-t-il estimé, impacteront l’évolution de l’inflation sur l’ensemble de l’année, la ramenant à 0,6%, après avoir atteint 1,9% en 2018.
La banque centrale s’attend, cependant, à ce que l’inflation s’accélère à 1,2% en 2020, tirée par sa composante sous-jacente qui, soutenue principalement par la reprise prévue de la demande intérieure, s’établirait à 1,5%, après 0,8% prévue en 2019 et 1,1% en 2018, a encore précisé Jouahri.
Pour ce qui est du marché du travail, le wali a relevé que l’économie nationale a créé, entre le 1er trimestre de 2018 et le même trimestre de 2019, 15 mille postes, contre 116 mille un an auparavant, précisant que l’agriculture a enregistré une perte de 152 mille emplois, alors que les secteurs non agricoles ont créé 167 mille postes, dont près de 40% dans le commerce de détail.
Tenant compte d’une baisse de 0,4% de la population active, le taux d’activité a reculé de 0,9 point de pourcentage à 46,2% et le taux de chômage est revenu de 10,5% à 10% au niveau national et de 15,6% à 14,5% en milieu urbain, a-t-il ajouté.
Concernant les comptes extérieurs, Jouahri a souligné que la bonne performance des exportations se poursuit, avec une progression de 4,5% à fin avril, portée notamment par les ventes de phosphates et dérivés, faisant remarquer qu’en parallèle, les importations se sont alourdies de 4,7%, tirées en grande partie par les achats de biens d’équipement et des demi-produits.
Quant aux recettes de voyage, elles se sont améliorées de 1,5%, alors que les transferts des MRE ont accusé un recul de 2,9%. En termes de perspectives, a-t-il encore ajouté, la dynamique des exportations se maintiendrait à moyen terme, avec en particulier un rebond des ventes de l’automobile en 2020, en lien avec l’entrée en production de l’usine PSA prévue au cours du second semestre de 2019, alors que les importations sont projetées en ralentissement, avec les baisses attendues de la facture énergétique et du rythme d’acquisition des biens d’équipement.
Les recettes voyage et les transferts des MRE devraient enregistrer une amélioration de leur rythme au terme de 2019 et se renforcer en 2020. Tenant compte de ces évolutions et sous l’hypothèse d’entrées de dons du CCG de 2 milliards de dirhams en 2019 et de 1,8 milliard en 2020, BAM s’attend à ce que le déficit du compte courant s’allège de 5,5% du PIB en 2018, à 4,5% en 2019, puis à 3,1% en 2020.
Pour ce qui est des opérations financières, le wali a indiqué que les recettes d’IDE devraient osciller autour d’un montant équivalent à 3,4% du PIB et les entrées au titre des prêts connaîtraient des augmentations notables, avec deux sorties attendues du Trésor à l’international, l’une en 2019 et l’autre en 2020.
Dans ces conditions, a-t-il estimé, les réserves internationales nettes (RIN) s’établiraient à 239 MMDH à fin 2019 et à 234,5 milliards au terme de 2020, continuant ainsi à assurer la couverture d’un peu plus de 5 mois d’importation de biens et services.

Qu’en est-il des conditions monétaires?

S’agissant des conditions monétaires, le wali a estimé que le taux de change effectif réel devrait ressortir en légère appréciation en 2019, l’écart d’inflation devant atténuer l’appréciation nominale prévue du dirham, notant qu’en 2020, il connaîtrait une légère dépréciation, résultat d’une quasi-stabilité en termes nominaux et d’une atténuation de l’écart d’inflation.
Il a, en outre,  relevé que les taux débiteurs ont marqué, au cours du 1er trimestre 2019, un recul trimestriel de 17 points de base, à 4,89% en moyenne, qui a bénéficié essentiellement aux entreprises, notamment les TPME, notant qu’en dépit de cette détente, le crédit bancaire au secteur non financier a progressé à fin avril à un rythme modéré de 3,3% globalement et de 1,3% pour les entreprises privées. Il devrait terminer l’année en hausse de 3,5% et augmenter de 4,3% au terme de 2020, en ligne avec l’amélioration prévue des activités non agricoles.
Quant aux finances publiques, Jouahri a signalé que l’exécution budgétaire des cinq premiers mois de l’année s’est soldée par un allègement du déficit à 18,5 MMDH, en raison notamment du renforcement des recettes ordinaires de 6,2%, reflétant principalement une augmentation notable des produits de l’IR et de la TIC, ainsi que l’encaissement de la contribution sociale de solidarité sur les bénéfices.
Les rentrées de la TVA ont été, en revanche, en baisse, impactées par la hausse des remboursements qui ont atteint 5,1 MMDH, contre 2,6 milliards un an auparavant, a-t-il constaté. Il a relevé qu’en parallèle, les dépenses globales se sont alourdies de 2,6%, tirées par les hausses des «autres biens et services» et de l’investissement.
Dans ces conditions et tenant compte de l’impact de l’accord conclu le 25 avril, dans le cadre du dialogue social, le déficit budgétaire hors privatisations connaîtrait, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib, une accentuation de 3,7% du PIB en 2018 à 4,1% en 2019, avant de s’atténuer à 3,8% en 2020, a-t-il conclu.

Finance participative et privatisation

Evoquant la question de la finance participative, le wali de BAM a indiqué que les banques participatives ont commencé leurs activités au Maroc il y a à peine 18 mois et que le développement de ce secteur est en cours. Il a relevé que ces banques représentent environ 1,5 MMDH de dépôts et 6,5 MMDH de crédits, soit moins de 1% par rapport aux établissements financiers conventionnels.
Concernant l’opération de privatisation de Maroc Télécom, Jouahri a fait savoir que la commission d’évaluation, dont il est le président, a tenu des réunions pendant une semaine et a fixé un prix minimum de 125 DH. Mais c’est au ministre des Finances, qui préside la commission des transferts, de fixer le prix définitif.
L’opération de privatisation ne doit pas être perçue uniquement comme une simple source de recettes, mais appréhendée en tant que moyen de participer à la création d’un écosystème ou de le valoriser et également en tant qu’opération qui apporte de la valeur ajoutée sur le plan économique et financier, a-t-il estimé.
S’agissant des crypto-monnaies, Jouahri a indiqué que BAM a, dans le cadre de sa feuille de route digitale, décidé de se préparer au niveau interne et a pris contact avec les banques centrales des pays qui se sont déjà lancées dans ce domaine, pour disposer au moment venu d’un dossier d’analyses qui dresse les avantages et les risques.

Régime de Change : Pourquoi passer à la 2ème phase de la réforme?

Il n’y a pas, pour le moment, de nouveaux éléments qui justifient le passage à la 2ème phase de la réforme du régime de change, a affirmé, le wali de BAM.
Le FMI pense qu’il faut élargir davantage la bande de fluctuation du dirham, mais la banque centrale lui a signifié qu’elle préférait attendre que les éléments précurseurs de chocs soient présents, pour passer à la 2ème phase, a-t-il souligné. Et d’ajouter: «Si les gens ne voient pas les indices de chocs, comme la baisse des réserves de change par exemple, ils peuvent croire qu’il y a des fragilités économiques que nous sommes en train d’occulter». Et le wali d’assurer que «le passage à la deuxième étape de la réforme du régime de change se fera quand il y aura des signes annonciateurs qu’un choc pourrait se produire. Il a ajouté, à ce propos, que l’argumentaire présenté par BAM a amené le FMI à pondérer sa position et que certains de ses dirigeants partagent l’avis de Bank Al-Maghrib.
Pour aller plus loin dans cette réforme du régime de change, il faut d’abord les prérequis, à savoir le niveau des réserves de change, la soutenabilité budgétaire à moyen terme, la résilience du système bancaire et la maîtrise de l’inflation. Mais il faut aussi tenir compte de l’aspect opérationnel, a-t-il expliqué.
Sur le plan opérationnel, il faut que les opérateurs économiques s’approprient le régime de change flexible et assimilent parfaitement les outils de couverture mis à leur disposition avant d’entamer la deuxième phase de la réforme, a-t-il souligné.

H. Dades

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