Ce Gouvernement a la volonté manifeste de bien marquer sa différence ! 

Du changement… Y compris dans les éléments de langage. 

La banale et trop galvaudée expression «Round du Dialogue social» a été remplacée par une autre appellation, un peu plus «élevée». Il s’agira désormais de «réunion de la Haute Commission du dialogue social». 

Cette Haute Commission, qui réunit le patronat (CGEM), les syndicats les plus représentatifs (UMT, UGTM, CDT, Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural), ainsi que tous les ministres concernés par le dialogue social et, à la tête de la structure, le Chef du Gouvernement, a réussi un 1er tour de force: celui d’intéresser l’opinion publique. Et pour cause…

Après deux mois d’âpres –et très détaillées- négociations entre le Gouvernement, le Patronat et les syndicats, un Accord social tripartite a été signé, le 30 avril (2022). Les mesures qui y étaient annoncées ne pouvaient laisser indifférent… Relèvement du salaire minimum dans les secteurs public et privé sur deux ans, augmentation des allocations familiales pour les 4ème, 5ème et 6ème enfants, réduction des jours d’affiliation permettant de bénéficier de la pension de vieillesse (1.320 jours d’affiliation seulement au lieu de 3.240 jours), possibilité pour les assurés ayant atteint l’âge de la retraite sans avoir complété les 1.320 jours d’affiliation de récupérer leurs cotisations salariales, ainsi que les cotisations de l’employeur, etc.

Les citoyens ont entrepris de décortiquer ces mesures,chacun cherchant ce qu’elles lui apporteraient, au niveau du salaire, des allocations familiales, ou de la retraite.

Certes, toutes ces mesures réunies ne compensent pas tout. Les deux années de pandémie et la crise mondiale due à la guerre d’Ukraine, avec leurs conséquences sur le coût de la vie, ont drastiquement affaibli le pouvoir d’achat du citoyen. Mais de telles mesures sont précisément les bienvenues pour atténuer les effets combinés de ces crises.   

Aussi, la Haute Commission du dialogue social suscite l’espoir pour trois raisons au moins. 

D’abord, l’Accord tripartite signé le 30 avril, outre qu’il compte la plus large palette de mesures qui ait été proposée dans le cadre du dialogue social au Maroc (voir les détails dans le dossier de cette semaine), fixe des objectifs datés et chiffrés. Ce qui en renforce la crédibilité et donne à penser que les décisions sociales arrêtées par la Haute Commission ne sont pas de simples professions de foi, ou promesses de circonstance que dicte le 1er mai…   

Ensuite, en même temps que la signature de cet Accord, il y a eu celle d’une Charte nationale du dialogue social qui atteste du souci d’institutionnaliser le dialogue social et instaure cadre pour ce faire. Sachant que le plus important, pour la réussite du dialogue social, c’est d’en assurer la continuité. D’où l’impérative nécessité de l’institutionnaliser.

Avec la Charte nationale du dialogue social, la Haute Commission donne un signal positif dans ce sens. 

Signal encore plus fort lorsque le Chef du Gouvernement convoque une réunion de coordination avec les ministres concernés, 4 jours à peine après la signature de l’Accord et de la Charte, afin, explique un communiqué de son Département, «d’acter la vision convenue et partagée par les différents ministères et départements concernés par la mise en œuvre des engagements pris par le gouvernement» et de «mettre en place tous les mécanismes d’accompagnement nécessaires à l’institutionnalisation du dialogue social». 

Cette célérité et détermination affichées, en plus de l’adoption d’un calendrier de rencontres (la prochaine est prévue en juin) sont autant d’éléments qui constituent une 3ème raison d’espérer que, cette fois-ci, le dialogue social tienne la route.

Car, la route sera longue. Et, bien que les 1ers pas de la Haute Commission soient accueillis avec optimisme (à l’exception des quelques critiques de l’Opposition et de syndicats insuffisamment représentatifs, donc non consultés), tout n’est pas gagné d’avance.

La raison de s’inquiéter tient dans une condition que prévoit l’Accord signé dans un de ses paragraphes. Il y est dit que l’Accord est un tout indissociable. Les parties signataires doivent arriver à s’entendre sur l’ensemble, pour qu’il soit mis en œuvre.

Or, des discussions difficiles se profilent sur les questions qui ont toujours constitué des points d’achoppement, telles celles portant sur le droit de grève, ou sur la révision du Code du travail, sur la flexibilité du travail…

Le Patronat est «inflexible» sur la flexibilité. Les syndicats sont inflexibles sur certaines garanties du droit de grève. Il reviendra au Gouvernement et à son chef de trouver les moyens de faire fléchir les inflexibilités de part et d’autre…

Une chose est sûre, cet Accord –présenté comme un des 1ers pas dans la mise en œuvre des recommandations du Nouveau modèle de développement- a suscité de trop importants espoirs pour qu’ils soient déçus. 

De même qu’il a fait l’objet de trop de louanges de la part de ses signataires pour qu’ils finissent par se renier. Ce «modèle marocain de dialogue», selon le ministre Sekkouri, «équilibré», selon le patron de la CGEM, «historique» selon la ministre Ghita Mezzour…Doit aboutir !      

Bahia Amrani

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