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A l’occasion de sa visite en Algérie, après sa participation au Sommet du Neguev et son séjour au Maroc, le chef de la Diplomatie américaine, AntonyBlinken, a été reçu le 30 mars (2022) par le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, au Palais El Mouradia, à Alger.

Le Secrétaire d’Etat américain se doutait-il qu’il lui serait imposé d’écouter un interminable discours de l’hôte qui le recevait ? Un discours, non seulement sur ce qu’a décidé l’Algérie dans ses relations internationales depuis son indépendance (7 décennies), mais aussi sur ce que lui, Président algérien, pense, fait et entend faire encore, concernant la corruption, les jeunes, les startups et même le blé et… Le lait !

Certains responsables, de par le monde, continuent sans doute d’infliger à leurs invités de longs et fastidieux discours qui se veulent de bienvenue. Mais la règle élémentaire, en diplomatie –et particulièrement au plus haut niveau de l’Etat- consiste à ne pas indisposer ses visiteurs,de quelque manière que ce soit. Notamment avec des logorrhées nombrilistes ; et encore moins avec une liste exhaustive des désaccords…

Le Secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a eu droit à tout cela dans la longue… Longue… «Allocution» du Président Tebboune.

Après avoir évoqué «d’énormes similitudes» entre les Etats Unis et l’Algérie («notre lutte de libération. Le jour de l’indépendance de nos nations n’est séparé que de quelques heures. Pour vous c’est le 4 juillet alors que pour nous c’est le 5 juillet», a-t-il cité pour illustrer ces «énormes similitudes»), le chef de l’Etat algérien n’a pas hésité à lancer à un Antony Blinken qui n’ignore rien du Hirak et de la répression que subissent ses membres, ni de la violence du Régime algérien contre les Kabyles lorsqu’ils réclament leur autodétermination: «Nous sommes peut-être des rêveurs, mais nous rêvons d’un monde plus équilibré, d’un monde où les libertés sont mieux défendues».

Ajoutant avec des trémolos de victime «parfois nous sommes compris, parfois nous ne le sommes pas».

Et de donner à cela une explication insidieuse qui rejette tous les torts sur les autres, notamment le voisinage immédiat. «C’est notre environnement», accuse le Président aux yeux duquel seule la Tunisie trouve grâce (ce qui n’a toujours pas été le cas). «Nous sommes entourés de pays qui ne nous ressemblent pas beaucoup à l’exception de la Tunisie. C’est pourquoi nous avons des relations très étroites avec la Tunisie parce que nous avons des similitudes dans de nombreux domaines. Sinon, toutes nos frontières sont en flammes: La Libye déstabilisée. Après la Libye, il y a bien sûr tout le Sahel, comme le Tchad, le Burkina Faso, le Mali, le Niger ; et même la Mauritanie n’est pas si forte». 

(On le voit, en passant, la Mauritanie en prend une…).

Mais, bien évidemment, c’est au Maroc qu’est réservé le meilleur. La transition faite, Tebboune attaque avec des mensonges d’Histoire et l’obsession algérienne du problème du Sahara. 

«A côté, nous avons le Royaume du Maroc où nos relations ont toujours connu des hauts et des bas depuis notre indépendance. Ce n’est pas récent; ce n’est pas dû à la question du Sahara occidental», ment-il effrontément.

Essayant d’ennoblir le comportement d’Alger vis-à-vis du Maroc, le Président Tebboune se lance dans une tirade diabolisant le voisin de l’Ouest et angélisant son propre pays. Et pour en convaincre le chef de la Diplomatie américaine, il remonte à la guerre des sables de 1963, dont l’armée algérienne a concocté une version mensongère selon laquelle le Maroc aurait attaqué une pauvre Algérie sans armes pour lui prendre des terres. 

«Vous savez que personne n’a oublié, aucun Algérien n’oubliera, que le Maroc nous a attaqués en 1963. A cette époque nous n’avions même pas d’armée régulière, et ils ont attaqué avec des forces spéciales, des hélicoptères et des avions. Nous avons eu 850 victimes. Ils visaient à prendre une partie de notre territoire», a-t-il couiné face au diplomate américain, ne se rendant même pas compte du ridicule de l’argument.

D’abord, un argument faux. Cette guerre appelée «guerre des sables» a été provoquée par le refus algérien de respecter l’accord signé deux ans plus tôt (1961) par Ferhat Abbas et Feu le Roi Hassan II ; et par les incidents frontaliers qui s’en sont suivis.

Ensuite, en supposant même –ce qui n’est pas vrai, répétons- le- que le Maroc ait attaqué à l’époque l’Algérie, est-ce une raison pour bâtir une haine séculaire sur cela ? Les bombardements atomiques (!) d’Hiroshima et de Nagasaki par les Etats Unis empêchent-ils Américains et Japonais d’aujourd’hui d’avoir des relations normales ? Et l’Allemagne et la France, malgré les atrocités de la guerre mondiale, n’ont-elles pas enterré cela et construit ensemble l’Europe ? Même Israël, dont la population a subi le pire de l’Allemagne nazie, ne tient pas ce raisonnement avec l’Allemagne d’aujourd’hui !

Mais… Tebboune  n’avait qu’un objectif: détruire l’image du Maroc auprès du responsable américain. Il a donc ressorti le dossier mauritanien, avec des détails perfides et fallacieux, enchaîné avec la question du Sahara et des accusations d’incohérence de l’Etat marocain, opposées, bien sûr, à la grande cohérence d’Alger, etc. etc.

Et de lancer, sans sourciller: «Ils (les Marocains) ont toujours voulu déstabiliser l’Algérie et je n’en connais pas la raison, même si nous avons toujours protégé le Maroc (…) il n’est pas normal que dans les 50 ans qui suivent l’indépendance, les frontières restent fermées pendant 40 ans». On croit rêver !

Les Discours et appels du Roi Mohammed VI sont fort heureusement publics et témoignent du nombre de fois que le Souverain a appelé le Pouvoir algérien, y compris le Président Tebboune lui-même, à se mettre autour d’une table et discuter de tous les problèmes pour normaliser les relations entre les deux pays. La mauvaise foi sur toute la ligne !

Et tout le reste du discours infligé à Antony Blinken est à l’avenant, y compris lorsque Tebboune a abordé la question israélo-palestinienne…

Quand le Secrétaire d’Etat américain s’est enfin entendu dire «la parole est à vous», sa réponse aussi courte qu’était longue celle de l’amphitryon du Palais El Mouradia, a tout dit en quelques mots.

Remerciant son hôte pour «cette conversation détaillée et intéressante», Antony Blinken a recentré l’objet de la visite «je suis heureux d’être de retour en Algérie pour renforcer les liens entre nos pays en travaillant sur la sécurité et les opportunités économiques communes telles que les investissements et les échanges entre les pays. Je crois qu’elle progressera dans l’investissement grâce aux jeunes entrepreneurs qu’il faut former». Sans commentaires.

Bahia Amrani

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