Pénurie de médicament : Pharmaciens et associatifs accusent. Le ministère dément. Quelle suite ?

    «Même de simples vitamines sont devenues quasi introuvables à Casablanca», déplorent des citoyens que nous avons rencontrés, mardi 11 janvier, à la sortie de pharmacies à Casablanca. Ils disent, tous, avoir été confrontés à ce problème de pénurie. Le ministère réagit. Les pharmaciens s’étonnent.

    Souad, 43 ans, fait le tour des pharmacies. «Je cherche du Rinomicine et de la vitamine C. Mais ces deux médicaments ne sont pas disponibles», lance Souad, en sortant d’une pharmacie de Casablanca. Mohamed, un autre Casablancais de 28 ans, peine, lui aussi, à trouver un autre médicament: Doli grippe. «Même ce médicament, je ne le trouve pas. J’ai demandé ce médicament à plusieurs pharmacies. Mais sans succès», regrette ce jeune homme. Même de simples vitamines sont devenues quasi introuvables, déplorent des citoyens à la sortie de pharmacies à Casablanca.

    Qu’il s’agisse de médicaments anti Covid-19, de médicaments pédiatriques, de simples médicaments pour traiter une grippe, les Casablancais, que nous avons rencontrés mardi 11 janvier, disent, tous, avoir été confrontés à ce problème de pénurie. Ils affirment qu’ils cherchent désespérément des médicaments. Mais ils ont toujours droit à la même réponse: « indisponible ». Cela fait plus de dix jours que les pharmaciens ont commencé à signaler des tensions d’approvisionnement de certains médicaments anti-Covid-19, anti grippe ainsi que des médicaments pédiatriques, tient à signaler, non sans colère la propriétaire d’une pharmacie à Casablanca.

    Le phénomène de la pénurie des médicaments devient aigu et les conséquences peuvent être dramatiques pour certains malades. «Des médicaments, parfois vitaux, sont en rupture de stock», dit cette pharmacienne.

    La situation n’est pas meilleure dans d’autres officines. « On ne peut pas continuer à travailler dans ces conditions. On ne peut plus satisfaire la demande de nos clients. C’est à longueur de journée que nous répondons à nos clients que les médicaments qu’ils demandent ne sont pas disponibles. Et on ne sait même pas leur expliquer les raisons de cette pénurie», déclare cette professionnelle. Elle donne l’exemple de médicaments  très populaires en cette période hivernale comme Rinomicine, Rumix, Doli gripe, Zokam, Febrex «adulte», etc.

    Le ministère rassure…

    Quelles sont les raisons de cette pénurie ? La situation  du stock national de médicament serait-elle inquiétante au Maroc? Dans un communiqué, le ministère se veut rassurant sur le stock national de médicaments du protocole thérapeutique national de prise en charge des cas de coronavirus. Il affirme que les quantités disponibles des médicaments, notamment la chloroquine, l’azithromycine, le zinc, la vitamine C, la vitamine D, le paracétamol et l’héparine, sont en quantités suffisantes pour répondre à la demande des citoyens.

    Il a, à cette occasion, démenti les informations rapportées par certains médias et réseaux sociaux, selon lesquelles les médicaments prescrits dans le protocole thérapeutique national Covid-19 feraient l’objet d’une rupture de stock dans les pharmacies. Concernant les pénuries enregistrées pour certains traitements contre le rhume, la même source  a précisé qu’il existe de nombreux médicaments génériques fabriqués localement qui sont en mesure de couvrir cette pénurie, est-il souligné dans le communiqué dont Le Reporter détient copie.

    Le département de la Santé a également assuré que le stock national de médicaments fait l’objet d’un «contrôle strict et permanent», soulignant que «le stock des médicaments essentiels est soumis à un contrôle hebdomadaire de l’Observatoire national du médicament et des produits de santé relevant de la Direction du médicament et de la pharmacie». Il a appelé, par ailleurs, les pharmaciens à signaler en cas de pénurie de certains médicaments de base et à contacter leurs distributeurs ou l’Observatoire national du médicament et des produits de santé pour s’informer à la source.

    La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc hausse le ton

    A la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), on ne décolère pas. Pour cause, le communiqué du ministère de la santé dans lequel, on dément «les pénuries enregistrées pour certains médicaments, dont les traitements prescrits dans le protocole thérapeutique national Covid-19».

    Dans une déclaration à Le Reporter, Mohamed Lahbabi, président de la CSPM se dit «étonné» face à ce communiqué et affirme que le phénomène de la pénurie des médicaments dure depuis plusieurs jours. «C’est à longueur de journée qu’on reçoit des citoyens qui viennent chercher des médicaments indisponibles. Le problème devient très inquiétant au point où des pharmaciens nous appellent à la Confédération pour nous dire qu’ils vont fermer leur officine car ils n’ont plus rien à délivrer aux patients», alerte le président de la CSPM. Et de poursuivre : « Nous avons contacté les grossistes de plusieurs villes (Tanger, kenitra , Meknes , Oujda , Salé, Rabat , Casablanca, Agadir et Laâyoune), et, tous, nous ont confirmé les ruptures des médicaments cités »

    «Des médicaments qui font partie du protocole Covid-19, tels que l’Azithromycine  pour les enfants et les adultes, la vitamine C, le zinc, le paracétamol, la vitamine D, beaucoup d’antibiotiques pédiatriques, tous les sirops antitussifs pédiatriques, l’Ibuprofène sirop, etc. Tous ces médicaments sont en rupture de stocks depuis maintenant plus de dix jours», nous a déclaré, mercredi 12 janvier, le président de la CSPM. Et la situation risque encore de s’aggraver, prévient-il. «Très prochainement, un autre médicament s’ajoutera à la liste des médicaments en rupture de stock: l’héparine», prévient Lahbabi, qui regrette que des solutions ne soient pas trouvées pour éviter ces pénuries de médicaments. « La solution au problème des ruptures récurrentes se trouve entre les mains des autorités de tutelle comme stipulé par la loi. Le projet d’un Observatoire national du médicament et des produits de santé  devait en principe régler ce problème. Mais ce projet n’existe que sur papier. Nous ignorons d’ailleurs les coordonnées de cet Observatoire dont parle le ministère dans son communiqué. Personne ne connait ni l’organigramme de cet Observatoire ni où il se trouve», martèle Mohamed Lahbabi, non sans exacerbation.

    Le réseau marocain s’inquiète aussi…

    Le Réseau national pour la défense du droit à la santé a également  prévenu contre la rupture de stocks de nombreux médicaments essentiels dans les officines et indispensables pour les malades. «Cette pénurie pénalise les patients qui souffrent de bronchites chroniques, asthme, toux et autres maladies», souligne le président du Réseau, Ali Lotfi.  Celui-ci regrette que la loi 17.04 qui stipule la nécessité de disposer d’un stock de sécurité de médicaments de 3 mois n’est pas appliquée par le département de la Santé. Il attribue ce problème au non-respect par les sociétés et les distributeurs de médicaments de la constitution d’un stock de sécurité, lequel équivaut à 1/12 de leur chiffre d’affaires de l’année précédente, soit deux à quatre mois de médicaments produits ou importés au cours de la même période. «Pour éviter cette pénurie, il est nécessaire que le département de la santé et les opérateurs du secteur veillent à assurer un stock de sécurité qui ne doit pas être inférieur à deux mois pour tous les médicaments indispensables», précise Ali Lotfi, ajoutant que la direction des médicaments (DMP) doit procéder au contrôle du stock stratégique dans les dépôts, les usines et les laboratoires afin d’assurer la livraison des médicaments aux pharmacies pour garantir leur disponibilité aux citoyens.

    N Cherii

     

     

     

     

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