Covid-19 : Interview avec Majida Zahraoui, Professeur en médecine interne, pathologies infectieuses et médecine tropicale

 » Les choix du Maroc sont bien meilleurs »

Le Maroc a adopté le protocole thérapeutiques avec chloroquine pour traiter ses patients Covid.  On parle aussi de la possibilité de traiter les malades par le plasma des patients guéris.  Qu’en pensez-vous?

Les hėmatologues travaillent déjà sur ces échanges plasmatiques. Le centre national de transfusion sanguine s’intéresse actuellement à cette thérapeutique pour les patients Covid.

Les réanimateurs peuvent éventuellement avoir besoin de cette technique. Laquelle peut être utilisée pour les patients Covid en réanimation comme ressources thérapeutique supplémentaire.

Mais pour les malades  qu’on reçoit maintenant – et j’en suis bien heureuse- on les voit relativement tôt. Quand on amorce le traitement préconisé par le ministère, avec en plus tout les traitements des symptômes s’il y a besoin (hydroxychlorochuine, plaquinil, chorticotherapie, adjuvants,…), le plus souvent, ces patients n’ont jusqu’à présent pas besoin d’arriver à ce stade. D’ailleurs, on a de moins en moins de patients qui vont en réanimation.

Quelle lecture faites vous des derniers chiffres donnés par le ministère de la santé?

Le taux des rémissions est satisfaisant par rapport à il y a une dizaine de jours. En tant que thérapeutes, on le prévoyait déjà . Il faut souligner qu’au Maroc, on est extrêmement exigeant par rapport à ce critère de guérison. On ne se contente pas d’une guérison clinique. Il nous faut absolument une guérison biologique avant de parler de guérison totale.

Sachant qu’il y a le traitement du patient mais il y a aussi le côté épidémiologique pour éviter qu’il y ait des contaminations à partir du patient. C’est pourquoi il y a eu un temps de latence d’une quinzaine de jour avant qu’on commence à  voir pleuvoir des guérisons. Ce sont des malades qui étaient en fait guéris cliniquement. Mais on attendait qu’ils soient totalement guéris biologiquement pour les déclarer.

On est au milieu de la prise en charge. Actuellement, on n’a pratiquement pas de complications. Mais je voudrais toutes fois insister sur la notion d’intervalle libre. C’est à dire la période entre le début des signes cliniques et le moment où la personne est prise en charge.

Dès que cette personne est dépistée, il faut qu’elle soit prise en charge. Car plus cet intervalle libre est long plus le patient risque de faire des formes étendues au niveau des poumons avec éventuellement de gros soucis.

Certains pays, comme la France, en plus de la piste des vaccins, sont engagés dans de nombreux essais cliniques contre le coronavirus . Selon vous le Maroc devrait-il opter pour de nouvelles pistes contre le coronavirus?

En toute objectivité, je trouve que les choix du Maroc sont bien meilleurs. Les essais cliniques, à quoi ça va aboutir? Pour la prise en charge des malades, on a besoin d’une solution immédiate. Au Maroc, il y a eu beaucoup plus d’actions que de discussions diagnostics. D’ailleurs en France, il y a une grande discussion diagnostic à propos du traitement avec l’hydroxychlorochuine qui marche super bien et du Pr Raoult qui a fait la plus grande série au départ documentée scientifiquement.

Sa prise en charge à été totalement critiquée. Mais qu’est ce qui est offert en échange de la part de ces gens qui critiquent un traitement, qui ne coûte pas cher du tout. On critique une prise en charge où on a eu des résultats. Et en contre partie, ces gens proposent des antirétroviraux. Sachant qu’il y a des études qui ont montré que ces médicaments ne sont pas effiicaces.

Au Maroc, nous avons mis ces médicaments en traitement de deuxième ligne. Mais pour l’instant on en a pas encore besoin. Il faut qu’on maintient notre traitement. On a de plus en plus des malades qui guérissent. Tout les centres médicaux en tout cas à Casablanca voient le taux de guérison augmenter.

La chloroquine ne fait toujours pas l’unanimité au sein de la communauté internationale. Certains hôpitaux en Suède ont cessé de traiter les patients Covid avec ce médicament à cause de certaines complications. Qu’en dites-vous?

Les effets secondaires de la chloroquine sont tout à fait gérables. Je peux vous dire qu’il y a beaucoup plus d’effets secondaires avec les antirétroviraux qu’avec l’hydroxychlorochuine. Par ailleurs, le grand groupe des médicaments qui sont aussi proposés ce sont les immunosuppresseurs. Ces médicaments sont extrêmement chers et avec énormément d’effets secondaires.

Pour l’instant, on doit rester sur notre protocole car il marche et les effets secondaires sont tout à fait gérables. On a une diarrhée qu’on colmate très très vite. Ce n’est même pas une diarrhée qui pose problème comme le cholera. Il peut y avoir également des maux de tête. Ce sont là les effets secondaires les plus fréquents.

Mais, franchement, je n’ai pas vraiment constaté ce que je lis à propos de la toxicité de ce médicament. D’ailleurs, maintenant on est assuré par notre expérience.

Quand pensez-vous que le pic de l’épidémie sera atteint au Maroc?

J’espère que nous allons l’atteindre dans 10 à 15 jours. Mais déjà le risque qu’a un malade de contaminer d’autres personnes (RO) est entrain de diminuer au Maroc. C’est excellent. Je pense qu’au niveau de la prise en charge médicale on maîtrise la situation.

Il y a des consultations beaucoup plus prėcauce. Cela aide beaucoup à améliorer la situation. Les gens doivent comprendre que le confinement a permis de réduire l’incidence de la maladie. Il faut donc continuer dans ce sens.

Entretien réalisé par Naîma Cherii 

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