Maroc-Algérie : Le Sahara, désespérément…

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Le pavé jeté récemment dans la mare, par Amar Saâdani, l’ex-Secrétaire général du Front de libération nationale (FLN, 1er parti d’Algérie) et ex-Président de l’Assemblée populaire nationale (APN, parlement algérien), n’a pas fini de faire des vagues, même si les actuels (et provisoires ?) responsables algériens tentent d’en minimiser les effets.

Amar Saâdani, qui a occupé deux des plus grandes fonctions politiques dans son pays  –c’est dire l’importance qu’il avait dans le système algérien- a tout simplement déclaré que «le Sahara est marocain».

«En vérité, je considère que le Sahara est Marocain et rien d’autre», a-t-il dit, à l’occasion d’une interview accordée au site «Tout sur l’Algérie». Ajoutant une précision historique: «Il (le Sahara) a été enlevé au Maroc au congrès de Berlin».

Dans la bouche d’un responsable algérien, même vivant en exil aujourd’hui (mais depuis peu), ces mots sont une bombe qui explose au visage de tous ceux qui, en Algérie, à Tindouf et ailleurs, ont fait du dossier du Sahara leur plan de carrière, leur fonds de commerce et leur rente à vie.

Enfin, un aveu honnête chez un de nos voisins de l’Est ! Et un vœu sain…  

«Je pense que la question du Sahara doit prendre fin et que l’Algérie et le Maroc doivent ouvrir leurs frontières et normaliser leurs relations», a poursuivi Amar Saâdani. «L’argent versé au Polisario, avec lequel ses membres se baladent, depuis cinquante ans, dans les hôtels de luxe, doit revenir à Souk Ahras, El Bayadh, Tamanrassset et autres villes», a-t-il enfoncé, avant de lancer: «c’est mon avis, même s’il doit déplaire à certains».

Et, bien sûr, il a déplu.

Le ministre algérien de la Communication, porte-parole du gouvernement et ministre de la Culture par intérim, Hassan Rabhi, est monté au créneau pour le lui faire savoir. Dans une inhabituelle sortie médiatique (généralement, les responsables du gouvernement algérien ne s’expriment pas directement sur de tels sujets, déléguant leur droit de réponse à la presse), le ministre et porte-parole a livré ce qu’il a estimé être une remise des pendules à l’heure. «La position de l’Algérie vis-à-vis de cette question (dossier du Sahara) est claire», a-t-il répliqué, avant de persifler en direction de Amar Saâdani: «Tous les individus, même si leurs avis peuvent ne pas peser une poussière, sont libres d’exprimer leurs opinions personnelles, mais cela ne peut avoir aucun impact sur les positions des Etats et le haut degré de responsabilité avec laquelle les Nations unies traitent la question». Waw ! Il n’est pas agacé le ministre… Il est «le doigt sur la gâchette» !

Heureusement que Amar Saâdani s’est réfugié à Paris…

Aussitôt, la presse aux ordres lui est tombée dessus, à bras raccourcis, l’accusant de vouloir faire diversion, face aux affaires judiciaires dont il serait menacé dans son pays.

Pourtant, l’opinion de Amar Saâdani n’est pas réellement conjoncturelle. Cela fait bien longtemps que l’ex-patron du 1er parti algérien laisse entendre ce qu’il vient d’exprimer clairement. 

La nouveauté, c’est l’analyse qui accompagne l’avis.

Dire que le pouvoir algérien a dilapidé des sommes pharamineuses, qui auraient dû profiter au peuple algérien, au lieu d’entretenir cette guerre de 50 ans contre le voisin marocain, c’est pointer la folie de ce pouvoir et les manquements envers son peuple, aujourd’hui dans la rue pour tenter de le déboulonner.  

Ce que dit Amar Saâdani, c’est ce que rabâche le Maroc depuis des lustres. Le Maroc et l’Algérie auraient pu faire de grandes choses, ensemble. Comme ont fait la France et l’Allemagne pour l’Europe, ils auraient pu parrainer le deal maghrébin et œuvrer à l’union des pays de ce Maghreb rêvé, plutôt que de s’acharner à créer, entretenir et même s’approprier, un séparatisme qui a coûté plus cher à l’Algérie qu’aux autres parties à ce conflit, Maroc compris.

Aujourd’hui, les peuples marocain et algérien ne peuvent que déplorer cette situation de ni guerre ni paix qui prive leur pays respectif de 2% de croissance. Par les temps qui courent, ce n’est pas peu…

Mais où est donc le sursaut de conscience ?  

Saâdani –qui l’a eu- espère encore: «La relation entre l’Algérie et le Maroc est plus grande que cette question (du Sahara). Je pense que la conjoncture est favorable, car il y a l’élection d’un nouveau président et le changement de système en Tunisie. L’Algérie se dirige vers une élection et un changement de système. La Libye aussi vit une transformation. Tout cela peut concourir à relancer l’unité maghrébine, comme l’ont voulue les vétérans du FLN et de tous les partis nationalistes, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et de toute l’Afrique du Nord», a-t-il prêché, optimiste.

Mais ceux qui vivent de l’«affaire du Sahara» ne veulent rien lâcher. Ils cognent encore… Pour combien de temps ? 

Bahia Amrani

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