Lors de son Assemblée Générale Ordinaire, tenue à Casablanca, mardi 27 octobre 2026, sous la présidence de Driss Chahtane, l’Association Nationale des Médias et des Éditeurs (ANME) a lancé un appel fort à restructurer le paysage médiatique marocain, à revaloriser le métier de journaliste et à œuvrer à l’émergence d’entreprises de presse solides, crédibles et économiquement autonomes.
La rencontre a permis de dresser le bilan des activités de l’Association, mais elle a surtout été l’occasion de se pencher sur l’avenir de la presse marocaine, le développement des mécanismes du soutien public, le renforcement du professionnalisme des entreprises médiatiques et la nécessité de bâtir un secteur capable d’accompagner les grandes ambitions du Royaume.
Ouverts par Fatima Zahra Ouriaghli, les travaux de l’AGO, ont débuté par la présentation des rapports moral et financier, avant l’allocution du Président de l’Association, Driss Chahtane, qui a abordé la situation du secteur de la presse, ses problèmes et, surtout, sa nécessaire refonte en profondeur.
Le Rapport moral, présenté par le secrétaire général de l’ANME, Mokhtar Laghzioui, a notamment mis en lumière les efforts déployés pour l’amélioration des conditions d’exercice de la profession, l’évolution du cadre juridique et le renforcement de la structuration du secteur. Il a également rappelé la contribution de l’Association à la mobilisation des médias nationaux lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN-2025) et à l’accompagnement des journalistes marocains dans la couverture de la Coupe du monde 2026.
Sur le plan financier, le Rapport présenté par Fatima Zahra Ouriaghli fait état, au 30 septembre 2026, de recettes de 505.225,61 dirhams et de dépenses de fonctionnement de 605.180,19 dirhams, soit un déficit provisoire de 99.954,58 dirhams. L’ANME conserve néanmoins une trésorerie solide, avec des disponibilités financières de plus de 1,72 million de dirhams.
Les deux Rapports approuvés, l’allocution du Président Driss Chahtane a constitué un moment fort de la rencontre. Revenant sur le parcours accompli par l’Association depuis sa création en 2020, avec pour Président Abdelmounaïm Dilami, puis Rachid Nini, D. Chahtanea salué la persévérance des membres de l’Association face aux différents obstacles rencontrés, passant en revue les acquis réalisés et soulignant que les défis à venir exigent une mobilisation accrue.
Après avoir félicité Mokhtar Laghzioui, à l’occasion de sa nomination à la tête du Conseil National de la Presse, il a insisté sur l’urgence de repenser le modèle économique de la presse nationale.
Évoquant les 247 millions de dirhams prévus dans le PLF 2027 au titre du soutien au secteur, il a appelé à faire évoluer la vocation de ces aides, estimant qu’après avoir contribué à préserver les entreprises et les emplois, notamment durant la crise sanitaire, le soutien public doit désormais, devenir un véritable instrument de développement, de modernisation et d’investissement.
«Nous devons dépasser la logique de survie pour construire une presse nationale forte, structurée et compétitive, capable d’accompagner les transformations de notre pays et de rivaliser avec les grands acteurs médiatiques internationaux», a-t-il dit, alertant sur un certain nombre de dysfonctionnements qui fragilisent le paysage médiatique national.
Selon le Président de l’ANME, 379 entreprises de presse bénéficient actuellement du soutien public, alors que le nombre d’entreprises structurées et affiliées à des organisations professionnelles ne dépasse pas 59. Dans ce contexte, il a plaidé pour davantage de transparence, de rigueur et de responsabilité dans l’organisation du secteur et à lutter contre les pratiques de nature à porter atteinte à la crédibilité de la profession.
Parmi les priorités évoquées par le Président de l’Association figure la revalorisation du statut du journaliste et de la carte professionnelle de presse, affirmant la nécessité de restaurer le prestige et les exigences de la profession.
Il a également fait état d’une réflexion sur l’instauration d’une autorisation pour l’exercice de l’activité médiatique, dans le but de mieux encadrer le secteur et d’encourager un journalisme citoyen, responsable et crédible.
Les débats qui ont suivi ont permis aux membres de soulever plusieurs préoccupations majeures, notamment la dévalorisation du métier de journaliste, la multiplication des supports de presse, la concurrence des plateformes publicitaires internationales, la nécessité de distinguer juridiquement les activités journalistiques de celles des influenceurs, ainsi que les déséquilibres dans l’accès aux ressources issues des annonces officielles de l’État. La préservation de la presse écrite, le renforcement des mécanismes de concertation et la mise en place de comités de suivi ont également figuré parmi les propositions formulées.
Répondant aux interrogations sur l’évolution des relations entre l’État et la presse, Mokhtar Laghzioui a rappelé que l’objectif devait être de permettre aux entreprises médiatiques de gagner progressivement en autonomie, afin d’éviter une dépendance permanente au soutien public. Il a également insisté sur la nécessité de préserver l’unité du corps professionnel, considérant que les divisions internes constituent un facteur d’affaiblissement du secteur.
À l’issue de l’Assemblée Générale, une conviction claire s’est dégagée:l’avenir de la presse marocaine passe par une restructuration ambitieuse du secteur, le renforcement de son professionnalisme et la mise en place de modèles économiques durables.
Dans cette perspective, l’ANME a réaffirmé son engagement à poursuivre son action en faveur d’un paysage médiatique national plus fort, plus crédible et mieux préparé à relever les défis de demain, à la hauteur des grandes transformations et des ambitions du Royaume.














































