Casablanca : Polémique autour des voitures de service du Conseil de la ville

Des voix associatives –et même des élus à la majorité- souhaitent que le Conseil la ville de Casablanca supprime les voitures de service dont les élus et les hauts cadres de la mairie bénéficient d’ici à 2025. Un sujet qui revient sur le tapis alors qu’il était déjà sous les feux des critiques durant le mandat de l’ancien président, Abdelaziz El Omari du PJD et de son prédécesseur Mohamed Sajed de l’UC.

Depuis l’entrée en service d’une trentaine de voitures de service- dont ont bénéficié, il y a une semaine, les adjoints de la présidente, Nabila Rmili, les présidents des arrondissements et les présidents des commissions permanentes, des voix de la société civile se sont élevées pour fustiger cette opération de location des voitures de service. Ces mêmes voix jugent la note salée. Selon un élu de l’opposition, il s’agirait de véhicules plus chers que ce que prévoyait l’ancien «budget voitures» pendant le mandat de l’ancienne mairie. Notre source soutient que pour chaque voiture, la mairie doit débourser mensuellement quelque 5420 dirhams.

Le marché, attribué il y a plusieurs semaines, porterait également sur la location de près de 200 voitures citadines de diverses marques (Ford, Fiat, Peugeot, Citroën, etc), dont devront bénéficier incessamment de hauts cadres et des chefs de service de la mairie pour leur faciliter la tâche lors de leurs déplacements, selon une source au Conseil, ajoutant que l’opération aurait suscité le mécontentement de certains élus au niveau des arrondissements.

Cette même source dénonce les demandes délirantes de certains vice-présidents et présidents de commissions permanentes qui réclament, eux-aussi, des voitures de service.  Mais la mairie aurait refusé leurs demandes, selon notre source. «De toute façon, le Conseil n’a pas les moyens de satisfaire toutes les demandes», tient à souligner notre source à la mairie.

Pour un parc de 230 véhicules, dont des voitures Audi pour les vice-présidents, les président des arrondissements et les présidents des commission permanentes, et des voitures «citadines» pour les hauts cadres et chefs de services, la mairie va débourser annuellement un montant avoisinant 12  millions de dirhams sur les trois prochaines années. Un chiffre qui a fait bondir les acteurs de la société civile qui crient à «la dilapidation de l’argent public».

La section régionale de l’Association marocaine de protection des biens publics (AMPB) de Casablanca, en la personne de son président Mohamed Machkour, pour ne citer que cette association, a critiqué le nouveau parc du Conseil de la ville de Casablanca, qui compterait aussi un total de 45 fourgons, selon une source à la mairie.

«Il y a trop de voitures de services. Cela n’a aucun sens de lancer ce marché. Les ressources dont dispose la mairie et la situation difficile que connait la ville de Casablanca, notamment après le choc de Covid-19, ne permet pas ce genre de dépenses. On devrait réaliser une série d’économies en réduisant les dépenses de fonctionnement», a lancé le président Mohamed Machkour, non sans exacerbation. Et de poursuivre: «S’il fallait vraiment lancer ce marché de location des voitures de service, on aurait pu opter pour des voitures économiques pour réduire les dépenses de la mairie. D’autant que la mairie dispose déjà d’un important parc automobile», insiste le président.

Cet associatif, qui considère cette opération comme une dilapidation de l’argent des contribuables, ne mâche pas ses mots. «Le temps où les élus mettaient la main à la pâte bénévolement pour le développement de leur ville est révolu. Aujourd’hui, on est là beaucoup plus dans le luxe que dans le bénévolat», martèle-t-il.

Il est vraiment déplorable que nos élus continuent de soutenir la rente dans tous les domaines de la vie publique, crie-t-il. Pourtant, la plupart de ces élus, dit-il, «possèdent leurs propres voitures et certains d’entre eux ont même des voitures de luxe et perçoivent des revenus substantiels et stables». Ce qui ne les empêche pas, ajoute-t-il, de réclamer des voitures de service alors qu’on aurait pu investir cet argent dans des domaines plus prioritaires pour les habitants de la capitale économique.

Les élus peuvent faire usage de leurs véhicules en dehors de leur temps de travail, durant leurs congés ou encore pendant les week-ends, précise-t-t-il. Autrement dit, les voitures de location ne sont pas destinées uniquement aux déplacements professionnels, lance-t-il, non sans colère. «On peut apercevoir des voitures de service devant les marchés, les portes des établissements scolaires ou même devant les boîtes de nuit. Le comportement de ces élus ne peut que décevoir les Casablancais qui ont mis beaucoup d’espoir dans le nouveau bureau exécutif de la mairie de leur ville», martèle le président, Mohamed Machkour, qui réclame la suppression des voitures de service. «Il est regrettable que l’on continue d’abuser de ces voitures de services. Ces élus doivent montrer l’exemple. Ils n’ont qu’à utiliser leur propre voiture», dit-il.

Certains élus de la majorité ajoutent leur voix à celle de la section régionale de l’AMPB à Casablanca. «Un jour ou l’autre, il faudra que les élus acceptent cet état de fait, inéluctable. La loi doit être amendée. C’est une question de volonté politique et aussi d’argent public», souligne un élu de l’Istiqlal, sous couvert d’anonymat.

Celui-ci pense, lui aussi, que les voitures de service ne devraient plus faire partie des postes de dépense du maire, de ses adjoints, des présidents d’arrondissement et des présidents des commissions permanentes. «Pratiquement, tous les élus ont leur voiture personnelle. Ils peuvent renoncer à leur voiture de service. Ils ne le font pas. Pourquoi ?», martèle cet élu de la majorité. En plus, «les personnes qui ont une voiture de service ne paient pas le carburant. Certains ont même une carte de péage», soutient-il. Avant de conclure: «Les citoyens attendent de nous une gestion raisonnée de ressources et une baisse des dépenses effectuée par le Conseil de la ville, surtout dans le contexte actuel marqué par une crise sanitaire de Covid-19 et ses conséquences sur l’ensemble de l’économie de notre pays».

Naîma Cherii

 

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