Les entretiens qu’ont eus SM Mohammed VI et le Chef du Gouvernement espagnol, Pedro Sanchez,  jeudi 7 avril (2022) à Rabat, ont été clôturés par la publication d’une Déclaration conjointe qui marque un réel tournant dans les relations maroco-espagnoles.

Pour la 1ère fois, tous les points de préoccupation et possible discorde ont été listés et couchés sur une feuille de route, qui ne relève pas de la simple déclaration de foi. 

En effet, cette feuille de route compte des annonces de mesures concrètes dont la mise en œuvre est immédiate. 

Ainsi, est-il énoncé dans le point 4: «Les liaisons maritimes de passagers entre les deux pays seront rétablies immédiatement et de façon graduelle jusqu’à l’ouverture de l’ensemble des fréquences».

De même, on peut lire dans le point 5: «Les préparatifs pour l’opération Paso del Estrecho/Marhaba seront entamés dans cette même perspective».

Et pour bien acter qu’on est loin de la déclaration de foi, le dernier point de la feuille de route précise: «Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président du Gouvernement espagnol, SE. Pedro Sanchez, désigneront un Comité en charge de la mise en œuvre de la présente déclaration, dans un délai de 3 mois».

C’est donc au plus haut niveau que la mise en œuvre de la feuille de route sera suivie. Et cela commence avec une deadline fixée à 3 mois pour la mise sur pied du Comité qui en sera chargé.

Les annonces de prochaines réunions, de réactivation ou mise sur pied de groupes de travail, ou encore de nécessaire présentation de rapports d’activité à la Réunion de Haut Niveau, attestent toutes de l’intention ferme des deux parties d’inscrire leurs décisions dans le concret.  

L’importance des domaines d’intervention prévus ne passe pas non plus inaperçue, même lorsque tout n’est pas explicitement mentionné. 

Dans le point 3, par exemple, la laconique «pleine normalisation de la circulation des personnes et des marchandises sera rétablie de façon ordonnée», ne spécifie pas que le problème des marchandises de Ceuta et Mellia y est inclus. Tous les observateurs auront pourtant compris que c’est le cas. Le Chef du Gouvernement espagnol a d’ailleurs été explicite à ce sujet «L’un des premiers objectifs sera le rétablissement de la circulation des biens et des marchandises aux postes frontaliers de Ceuta et Melilla», a-t-il déclaré à la presse.

De même, dans le point 6, l’évocation de «la délimitation des espaces maritimes dans la façade atlantique», renvoie clairement à la récente délimitation par le Maroc de ses eaux territoriales, mal accueillie par Madrid. 

Et le reste est à l’avenant…

Il y a, certes, lieu de se réjouir de cette feuille de route que Pedro Sanchez a lui-même qualifiée de «durable et ambitieuse» ; et qui apporte un cinglant démenti à tous les médias ibériques qui s’étaient empressés de juger cette visite «sans effet», avant-même qu’elle n’ait lieu.

Mais les décideurs et les observateurs objectifs savent qu’une feuille de route n’est pas une fin en soi. Comme son nom l’indique, elle trace simplement la route à suivre et tient lieu d’engagement.

Le Maroc et l’Espagne qui, de par la volonté de leurs plus hauts responsables, ont décidé d’aller de l’avant, en reconstruisant leurs relations sur des bases de sérieux et de respect mutuel, auront encore à travailler, ensemble et séparément, à la réalisation de cet objectif.

Le travail ne fait en effet que commencer et le défi est grand. 

Car, les détracteurs ne manquent pas.

Pour ne citer que les plus proches… En Espagne, si la realpolitik de Madrid était nécessaire, compte tenu des intérêts du pays et des nouvelles configurations géopolitiques mondiales, il reste que  pour des raisons politico-politiciennes, voire parfois foncièrement anti-marocaines, l’initiative qu’a prise le Chef du Gouvernement, Pedro Sanchez, du rapprochement avec le Maroc est attaquée.

Et en Algérie, le Régime militaire, qui a toujours compté sur l’appui de certains milieux espagnols hostiles au Maroc, ne désarme pas…

Certains médias ici et là continuent de seriner leur venin, comme ces dépêches de l’AFP qui se terminent toutes par cette phrase «nombre d’analystes mettent en garde contre l’absence de réelles garanties obtenues par l’Espagne de la part du Maroc»… Alors que le Maroc et l’Espagne restaurent à peine leurs relations de confiance ; et que c’est le Maroc dont la parole est réellement garantie, sachant qu’elle l’est par le Roi, meilleure assurance de la continuité de l’Etat. Tandis que l’Espagne peut changer de conduite en fonction de ses changements de gouvernements.

Le défi est donc grand parce qu’il est double. Il s’agit de réussir les objectifs d’intérêt commun, tout en combattant les détracteurs.   

Bahia Amrani

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