La Rue, 5ème pouvoir ?

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Ce n’est pas une découverte d’aujourd’hui. De tout temps, la Rue a eu un pouvoir redoutable. La France en a connu les plus emblématiques démonstrations. La Révolution de 1789 a changé la face du monde et pas seulement de la France… C’était au 18ème siècle, nous sommes au 21ème

Ce n’est donc pas nouveau, mais ce qui a changé aujourd’hui, c’est le grand pouvoir qu’a pris le citoyen, en tant que tel ; et les nouvelles possibilités qu’il a d’exercer ce pouvoir, rendant inefficaces les moyens de coercition classiques dont usaient les gouvernements pour museler toute velléité de contestation.

Le pouvoir de la Rue, muselé pendant plusieurs décennies, s’est réimposé progressivement, mais avec force, ces dernières années. 

A la faveur de la montée au créneau du citoyen (sans besoin d’être rattaché à un parti politique ou à un syndicat) et à l’entrée en scène des réseaux sociaux, son âge d’or a atteint des pics spectaculaires. Notamment, avec «le Printemps arabe». 

Pics spectaculaires du fait de l’enchaînement, voire de la simultanéité, de l’exercice de ce pouvoir dans plusieurs pays arabes, avec des résultats allant au-delà de toute espérance de la Rue, puisqu’elle a réussi à déboulonner certains dirigeants que le monde entier croyait indéboulonnables.

Aujourd’hui, il n’est plus question de pays arabes seulement. Certes, certains d’entre eux sont en train de «goûter» au pouvoir de la Rue (Algérie, Liban, Irak…). Mais d’autres contrées, aux quatre coins de la planète, en en fait, ou en font également les frais (Chili, Hong Kong, Venezuela, Soudan, France/Gilets jaunes, etc).

Le pouvoir de la Rue est d’autant plus redoutable que quatre facteurs, au moins, le renforcent considérablement.

D’abord, l’aveuglement des dirigeants. Quand ceux qui gouvernent n’entendent pas les souffrances et/ou les colères des citoyens, ou qu’ils les sous-estiment, se croyant hors de portée de leurs effets, ou encore qu’ils croient en la seule force pour réduire la contestation au silence…

Ensuite, douloureux constat, mais indéniable réalité, la presse qui pouvait contribuer à atténuer la colère de la Rue, en rectifiant les fake news et, surtout, en jouant son double rôle d’information -d’un côté en direction des gouvernants, en faisant remonter vers eux les attentes et revendications du citoyen et, de l’autre en direction du citoyen, en l’éclairant sur les décisions des gouvernants- a été affaiblie avec un acharnement tel qu’elle en a perdu toute efficacité en la matière. La presse, qui a le titre de 4ème pouvoir, ne peut plus grand-chose contre le pouvoir de la Rue. 

Le troisième facteur qui renforce la Rue consiste dans le nombre… Dans le fait qu’elle permet un effet d’entraînement et de mélange des genres… Il n’y a pas que le Peuple, au sens noble, qui s’y exprime. Mais aux revendications populaires légitimes, se mélangent toujours des expressions de colère, de rage et de violence. Quand la contestation monte, la Rue n’est plus l’espace où s’exprime le Peuple, mais celui où s’exprime la foule. Or, c’est la foule qui est à craindre. Le phénomène avait été pointé par Victor Hugo, en 1870 ! «Le peuple est en haut, mais la foule est en bas», avait-il dit, dans un célèbre et long poème.    

Enfin, le 4ème facteur qui rend la Rue redoutable, est qu’à l’exception de tous les autres pouvoirs, elle n’a pas de contre-pouvoir. En d’autres termes, rien ne limite son pouvoir.

Ses antidotes existent pourtant: une gouvernance de proximité, la démocratie participative, l’anticipation, la communication, etc. 

En un mot, ne pas ignorer le Peuple, si l’on ne veut pas avoir affaire à la foule. 

Bahia Amrani

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