Larbi Mhidi : Restructuration, inquiétudes et réunions marathoniennes pour l’après 2020

La stratégie Halieutis II doit bénéficier à tout le monde, particulièrement aux marins pêcheurs, insiste Larbi Mhidi, Président de la Confédération nationale de la pêche côtière (CNPC), qui accorde cette interview exclusive à Le Reporter et dans laquelle il fait savoir que les côtiers envisagent de tenir, d’ici le mois de septembre, des réunions marathoniennes pour la préparation des propositions de la CNPC dans le cadre de cette stratégie.

Le Reporter : La CNPC a décidé de restructurer le secteur de la pêche côtière au Maroc. Cette restructuration était-elle nécessaire ?

Larbi Mhidi : Il faut savoir que la Confédération Nationale de la pêche côtière  (CNPC) au Maroc compte 43 associations professionnelles. Jusque-là, au bureau exécutif de la Confédération, on discutait les problèmes du secteur de manière générale. Mais quand on arrivait aux discussions des problèmes et des contraintes de chacun des trois segments (Chalut, pélagique, palangre), il se trouve que parfois il y a un chevauchement entre les intérêts des membres du bureau, lesquels, chacun de son côté, veut donner la priorité à son segment.

A noter aussi que lors de nos réunions avec les responsables au département de la pêche maritime, on est souvent obligé d’y aller plus nombreux et avec plusieurs points à débattre. Or tout ces points ne peuvent pas être réglés à l’issue d’une seule rencontre. C’est pourquoi, lors de la dernière réunion du bureau exécutif, on a décidé de soulager le bureau en créant deux nouvelles fédérations spécialisées. Sachant que l’année dernière on avait déjà créé une première fédération dédiée aux palangriers.

La structuration de la pêche côtière au Maroc était donc une phase nécessaire. D’autant qu’elle va nous aider pour la préparation des propositions que la CNPC devra – très prochainement- présenter dans le cadre de la stratégie Halieutis II.

Qu’en est-il des propositions de la CNPC pour l’après 2020 ?

Nous avons déjà entamé les discussions pour l’après-2020, de façon à ce que ce plan puisse bénéficier à tout le monde, particulièrement aux marins pêcheurs. Mais maintenant que le Souverain a donné ses instructions pour la préparation de Halieutis II, les trois nouvelles fédérations vont s’atteler à préparer les propositions à soumettre dans le cadre du plan Halieutis II. D’ailleurs, nous comptons tenir, d’ici le mois de septembre, des réunions marathoniennes à ce sujet.

A noter qu’il y a des choses que nous voulons continuer et garder dans le plan halieutis II. Mais il y a d’autres qui doivent arrêter. Certes, le plan Halieutis, dans sa première version, a donné satisfaction sur certains volets. Mais certains problèmes restent quand même à résoudre. A citer, dans ce cadre, le problème des palangriers dont 50 à 60 % vivent une situation très difficile. Sachant que la fédération nationale des palangriers, laquelle a été créé il y a une année, essaie de trouver des solutions à ces gens dont beaucoup d’entre eux étaient en arrêt d’activité. Elle a d’ailleurs pu convaincre l’administration d’autoriser les palangriers de capturer du calamar. Une espèce qui était interdite à la palangre. Autre question qui préoccupe également cette fédération, celle des quotas accordés pour pêcher le thon rouge.

Qu’est ce qui explique cette inquiétude ?

On ne comprend pas pourquoi c’est toujours une minorité qui bénéficie de ces quotas. Depuis plusieurs années, c’est toujours un club fermé, qui ne dépasse même pas les 14 opérateurs, qui profitent des quotas accordés pour capturer le thon rouge. Nous estimons que c’est là une situation de rente. Et elle doit absolument cesser dans la stratégie II. D’autant que SM le roi Mohammed VI a donné ses instructions pour améliorer le quotidien et la situation des gens démunis, à savoir en premier les marins-pêcheurs, aussi bien ceux de la pêche côtière que de la pêche artisanale.

Certains professionnels évoquent aussi la question de la baisse du stock de certaines espèces. Qu’en dites-vous ? Et quelles sont, selon vous, les raisons de cette diminution ?

Depuis ces trois dernières années, le sujet préoccupe en effet la profession. Nous avons constaté une baisse au niveau de certains stocks (Anchois, chinchard, sardine…) notamment ceux situés dans la zone nord du pays. L’INRH doit intervenir et faire encore plus de recherches pour savoir les raisons réelles de cette baisse. Car dans la zone nord du pays, par exemple, il n’y a pas beaucoup de recherches qui ont été effectuées jusqu’à maintenant.

Pour rappel, il y a quelques mois, les responsables de l’INRH ont annoncé qu’un bateaux allait être expédié dans cette zone pour justement y faire des recherches au sujet de la diminution du pélagique. Mais jusqu’à présent, les résultats de ces recherches n’ont pas encore été dévoilés. Pourtant la situation inquiète beaucoup les professionnels dans cette zone. Car, disons-le, dans certains ports qui connaissent une forte baisse (Larache, Mehdia, Nador, Hoceima, M’diq,…), les sardiniers ont été contrains de céder leur bateaux. A signaler dans ce cadre que 15 bateaux de pêche ont été vendus à des armateurs opérant dans le sud. Ce qui veut dire qu’on va contribuer à la destruction des ressources de la zone pour laquelle ces bateaux ont été vendus.

Interview réalisée par Naîma Cherii

 

 

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