Rentrée politique : Tous les voyants rouges allumés

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Le coup d’envoi officiel de la rentrée politique, au Maroc, est donné par le Roi qui, conformément à l’article 65 de la Constitution «préside l’ouverture de la première session (parlementaire) qui commence le deuxième vendredi d’octobre».

A cette occasion, marquant la nouvelle année législative, le Souverain prononce un discours devant les deux Chambres du Parlement, en présence de tous les membres de l’exécutif, chef du gouvernement en tête.

Cette année donc, la rentrée politique prend officiellement son départ vendredi 12 octobre.

Néanmoins, depuis le retour des congés (si courts soient-ils) du mois d’août, le Maroc est déjà plongé dans une «rentrée politique anticipée».

D’une part, parce qu’après deux discours royaux (discours du Trône et discours du 20 août) clairement axés sur les grands chantiers socio-économiques et ayant valeur de feuille de route urgente pour la classe politique, le Souverain a résolument placé l’année sous le signe du social en présidant, coup sur coup, le lancement de la rentrée scolaire, celui de la 3ème phase de l’INDH et celui du nouveau cap de la formation professionnelle.

Et d’autre part –ce dont les citoyens marocains se seraient bien passés- parce que les partis de la majorité ont, dès leur retour de vacances, fait à nouveau étalage de leurs divisions.

2018 n’est pas une année électorale, ni même pré-électorale. Mais, par son effervescence, le contexte dans lequel intervient cette rentrée politique appelle la classe politique à une grande vigilance… Et, surtout, à des actions immédiates et concrètes.

Il y a les feuilles de route royales qui fixent des objectifs et des délais d’exécution, dont les citoyens attendent qu’elles soient mises en application par tous les concernés. Et l’impatience de ces citoyens est d’autant plus attisée que les directives sont données par le Souverain et de façon répétitive, traduisant une impatience royale également.

Il y a les rapports internationaux et nationaux qui pleuvent, concluant tous à des prévisions de croissance plus pessimistes que rassurantes et mettant en garde contre l’aggravation des disparités sociales et ses conséquences.  

Il y a les «petits noyaux de contestation» que l’on voit se constituer, ici et là et qui donnent l’impression que le bateau Maroc prend l’eau de toutes parts (Après les contestations du Rif, de Jerada, de Zagora… Voilà celle de Tétouan, suite au décès de la jeune migrante clandestine ; celle des quartiers pauvres de Casablanca provoquée par le chaos de la démolition des bidonvilles ; ou encore celle de Rabat, au ministère de Bassima Hakkaoui, qui a connu un pic avec la chute mortelle du chômeur non-voyant du haut de la terrasse de ce ministère).

Il y a la migration clandestine, via les embarcations-navettes du Détroit de Gibraltar, qui a tout à coup «explosé», les migrants quittant le Maroc et se dirigeant vers l’Espagne en se payant le luxe d’appeler les autres Marocains à en faire autant, dans des vidéos balancées sur les réseaux sociaux.

Sur le tableau de bord national, tous ces voyants rouges sont allumés et bien d’autres…

Or, il y a, face aux gigantesques attentes, une classe politique qui n’incarne plus rien aux yeux des citoyens. Ni efficacité dans le présent, ni espoir de lendemains meilleurs.

Pour cette rentrée politique, aussi bien le gouvernement que les élus sont face à une énorme responsabilité.

Les défis sont énormes. De la feuille de route royale au projet de Loi de finances 2019, en passant par tous les chantiers ouverts, il y a du pain sur la planche !

Certes, le pays n’a pas les moyens de répondre à toutes les attentes. Les citoyens le savent. Mais ils demandent d’abord ce qui ne coûte rien.

Par exemple, de la dignité (que l’on puisse être soigné convenablement dans les urgences des hôpitaux publics), de la justice sociale (qu’il y ait une égalité des chances pour tous les enfants du pays), de l’intelligence dans la gestion des affaires publiques (que l’on ne démolisse pas les baraques des gens avant d’avoir les moyens de régler le problème de leur relogement), de l’exemplarité (que ceux qui ont un mandat à remplir le fassent de façon irréprochable)… Et que les politiques arrêtent de donner la priorité à leurs querelles.

La majorité gouvernementale, particulièrement, en devient ridicule. Les partis qui la composent jouent le rôle de l’opposition à tour de rôle. Une opposition dans la majorité qui n’a même plus besoin d’autre opposition pour se disqualifier… N’y a-t-il pas de quoi décourager les derniers qui veulent encore croire aux partis politiques et à leur rôle indispensable pour que vive la démocratie ?  

A bon entendeur…

BA

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