Combien de fois avons-nous entendu cette phrase sans vraiment y croire ? Pourtant, au détour d’une vie ordinaire, au cœur d’une actualité tourmentée, elle finit par résonner comme une évidence. Parce que la force ne naît pas de l’absence d’épreuves, mais de la manière dont nous choisissons de nous y tenir debout.
Il y a des semaines où l’on aimerait débrancher la télévision, éteindre son téléphone et se lover dans un silence absolu. Pourtant, en cette rentrée, l’actualité nous rattrape. Que ce soit les secousses telluriques qui ont rappelé au Maroc la puissance indomptable de la nature, les souffles chauds des conflits internationaux, ou simplement la pression de cette vie marocaine qui va de plus en plus vite entre les embouteillages de Casablanca et les fins de mois tendues.
Partout, le monde semble nous dire : « Vous n’avez pas le contrôle. »
J’aimerais commencer cette chronique par une confidence. Il y a quelques années, j’ai traversé une période assez anxiogène. Je me souviens m’être réveillée un matin avec cette sensation étrange que le sol s’était dérobé sous mes pieds. Et pourtant, j’étais bien là, dans mon lit, sous le même plafond blanc. Rien n’avait changé en apparence, mais tout avait basculé à l’intérieur. C’est de ce jour-là que date ma véritable initiation au bien-être. Non pas celui des huiles essentielles et des bains moussants – même si j’en use avec délice –, mais celui, plus profond, qui consiste à apprendre à ne pas sombrer avec ce qui s’écroule.
Cette leçon, je l’ai comprise grâce à ma grand-mère. Elle avait vécu des temps autrement plus durs que les nôtres. Pourtant, je ne l’ai jamais vue désespérée. Quand je l’interrogeais sur son secret, elle souriait et posait sa main ridée sur sa poitrine : « Hna, benti. L’important, c’est que ça tienne ici. Le reste, ça va et ça vient, comme les vagues. »
« Ici », c’était son cœur. Son centre. Ce lieu intérieur que rien ne pouvait ébranler parce qu’elle avait décidé, un jour, qu’il serait inexpugnable. Voilà ce que j’appelle une leçon de vie : la paix n’est pas l’absence de tempête, c’est la certitude que votre bateau tient la mer.
Aujourd’hui, je souhaite partager avec vous, chers lecteurs, deux leçons que j’ai tirées de cette expérience et de cette sagesse transmise. Deux piliers sur lesquels bâtir une sérénité qui ne dépend ni des circonstances extérieures, ni du tumulte de l’actualité.
Première leçon : Le corps est un sanctuaire
Dans notre culture marocaine, nous avons un trésor que nous sous-estimons souvent. Nos grands-mères ne parlaient pas de « gestion du stress », elles disaient « se poser ». Elles ne parlaient pas de « méditation », elles pratiquaient le dhikr, cette respiration rythmée qui apaise le cœur et recentre l’âme. Elles savaient instinctivement que le corps est le premier refuge, le dernier rempart.
La science moderne confirme aujourd’hui ce que la sagesse populaire a toujours su: le corps est l’ancrage de l’esprit. Lorsque le mental s’emballe, lorsqu’il galope vers les catastrophes futures ou ressasse les blessures passées, le corps, lui, reste ici, dans le présent. Apprendre à l’écouter, c’est apprendre à revenir à soi.
Un médecin marocain qui travaille dans l’urgence me confiait un jour : lors des nuits les plus intenses, entre deux interventions, il pose ses mains sur son bureau, ferme les yeux et prend trois respirations profondes. « Si je perds mon corps, je perds ma capacité à agir. Mon corps est mon sanctuaire. »
Nous traitons souvent notre corps comme un simple outil, alors qu’il est un sanctuaire. Un lieu sacré où l’on entre avec respect, où l’on prend soin, où l’on se recueille. Voici trois étapes simples pour faire de votre corps ce sanctuaire :
- Écoutez. Dans notre culture, on dit « smeâ l jismek » – écoute ton corps. Prenez quelques instants dans la journée, fermez les yeux, et scannez votre corps de la tête aux pieds. Où y a t-il des tensions ? Où y a-t-il de la légèreté ? Votre corps vous parle. Apprenez à l’entendre avant qu’il ne crie.
- Respirez. La respiration est le pont entre le corps et l’esprit. Asseyez-vous, posez une main sur votre ventre. Inspirez par le nez en gonflant le ventre. Expirez lentement par la bouche. Trois fois. Cinq fois. Dix fois. Dans ces quelques respirations, vous venez de poser une ancre. Vous venez de dire au tumulte : « Tu ne passes pas. »
- Honorez. Un sanctuaire s’entretient par des gestes quotidiens. Une promenade matinale, un hammam hebdomadaire, un vrai repas pris sans écran, une nuit de sommeil offerte comme un cadeau. Ces rituels, aussi simples soient-ils, sont des actes de soin. Ils vous rappellent que vous méritez votre propre attention.
Deuxième leçon : L’optimisme actif
La seconde leçon, celle qui m’a le plus aidée à traverser les périodes sombres, c’est ce que j’appelle l’optimisme actif. Attention, je ne parle pas d’un optimisme béat, celui qui ferme les yeux sur les difficultés. Non. L’optimisme actif est une posture lucide et courageuse. C’est regarder la réalité en face, reconnaître les obstacles, et choisir malgré tout de croire que nous avons le pouvoir d’agir.
L’actualité est souvent sombre, je ne vais pas vous faire l’affront de le nier. Mais je refuse de croire que nous sommes impuissants. Parce que je vois chaque jour des Marocaines et des Marocains qui se lèvent tôt, qui travaillent, qui aiment, qui inventent, qui résistent avec une dignité qui force l’admiration.
Je pense à cet artisan de Fès que j’ai rencontré il y a quelques années. Son atelier avait brûlé dans un incendie. Tout ce qu’il avait construit en vingt ans était parti en fumée. Beaucoup auraient baissé les bras. Lui, il m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais : « Le feu a pris mes outils, mais il n’a pas pris mes mains. Et mes mains savent encore. » Aujourd’hui, il a reconstruit.
Voilà l’optimisme actif : regarder ce qui reste debout et décider de reconstruire avec.
Voici trois étapes pour cultiver cet optimisme actif au quotidien :
- Pratiquez la gratitude. Chaque matin, avant même de sortir du lit, nommez trois choses pour lesquelles vous êtes reconnaissant. Pas besoin de grandes choses. Un rayon de soleil, un message d’un ami, le café qui vous attend. Ce simple exercice entraîne votre cerveau à voir la lumière, même dans la pénombre.
- Transformez les obstacles en défis. Face à une difficulté, changez votre questionnement. Ne demandez pas « Pourquoi moi ? » mais « Qu’est-ce que cette épreuve vient m’apprendre ? » ou « Quelle est la première chose que je peux faire, aujourd’hui, pour avancer ? » L’optimisme actif ne nie pas l’obstacle, il cherche la première pierre à déplacer.
- Entourez-vous de lumière. L’optimisme est contagieux, mais le pessimisme l’est tout autant. Choisissez consciemment de passer du temps avec des personnes qui vous élèvent, qui croient en vous, qui voient le verre à moitié plein. Lisez des histoires inspirantes, écoutez des voix qui vous portent. Vous êtes la moyenne des cinq personnes que vous fréquentez le plus. Alors choisissez bien.
Une leçon de vie à emporter avec soi
Si je ne devais vous laisser qu’une seule idée en refermant cette chronique, ce serait celle-ci : vous êtes plus fort que ce que vous croyez, et vous avez en vous toutes les ressources pour traverser les tempêtes.
Nos ancêtres l’avaient compris. Ils ne parlaient pas de « développement personnel », mais ils transmettaient la sagesse à travers les contes, les proverbes, les traditions. Ils savaient que la vie est un chemin fait de montées et de descentes, et que l’essentiel n’est pas de ne jamais tomber, mais de toujours se relever.
Aujourd’hui, alors que le monde semble parfois perdre ses repères, j’ai une certitude : le Maroc a quelque chose de précieux à offrir. Cette capacité à mêler le spirituel et le quotidien, la tradition et la modernité, le collectif et l’individuel. Cette force douce qui nous permet de traverser les épreuves sans perdre notre âme.
Et rappelez-vous : quand tout vacille, c’est parce que quelque chose de plus solide est en train de naître.
Votre chroniqueuse bien-être,
Abla Tlemçani















































