Guerre du Golfe: Le long moment iranien

De g.à.d: Donald Trump & Benyamin Netanyahu.

La guerre du Golfe n’évolue pas vraiment comme cela avait été prévu. Il faut reconnaître ses erreurs d’analyse et de prévision et exercer son esprit critique pour comprendre.

Contrairement à ce que Benyamin Netanyahu avait dit à Donald Trump, la décapitation, très réussie, du régime iranien, n’a pas sonné sa fin. L’Iran a, de plus, mis en place une capacité de riposte dans le temps. Sa stratégie, via Ormuz, de déstabilisation de l’économie mondiale se révèle payante.

L’entrée en guerre du Hezbollah a été une surprise supplémentaire: on le disait détruit, il ne l’est pas, et il affronte, au sud Liban, l’armée israélienne qui s’épuise sur plusieurs fronts. Israël est frappé régulièrement et peine à faire face, de Gaza à l’Iran en passant par le Liban, sans parler des Houthis.

Les monarchies du Golfe souffrent et, pour le moment, n’entrent pas dans la guerre. La protection américaine montre ses limites. Le risque, c’est que le «grand reset» se fasse en partie au profit du régime des mollahs, avec non pas une extension des accords d’Abraham, mais une forme de «finlandisation» des Etats arabes du Golfe.

On n’en est certes pas encore là. Le régime peut s’effondrer du jour au lendemain. Il peut être à court de munitions. L’offensive américaine peut changer de nature. Mais on voit bien la faiblesse de l’alliance américano-israélienne: les buts de guerre divergent de plus en plus. Et la chute du régime iranien semble être un objectif inatteignable par la guerre. On se contenterait donc d’une inflexion du régime pour valider des négociations et un accord où personne ne perdrait la face. Mais une chose est sûre, et cela concerne le monde musulman : si l’Iran ne perd pas totalement la guerre, il aura gagné, avec les conséquences psychopolitiques que l’on peut imaginer.

Cette résistance iranienne interroge la presse. Prenons Le Figaro:
Donald Trump s’était promis de sonner rapidement la fin de la guerre. «Dès que je voudrai l’arrêter, elle cessera», clamait-il le 11 mars 2026 dans une interview à Axios. Mais c’était mal connaître la capacité de résistance iranienne. Fragilisée, infiltrée, orpheline de ses plus hauts dirigeants politiques et militaires, la République islamique continue à tenir tête, au vingtième jour de l’offensive israélo-américaine.

Au départ, «le déséquilibre des forces est pourtant massif», rappelle la chercheuse irano-américaine Narges Bajoghli, professeure associée à l’université Johns Hopkins. Si son arsenal balistique s’est perfectionné au fil des années, l’Iran est loin de faire le poids face à l’armée la plus puissante du monde et aux missiles de Tel-Aviv. Pourtant, elle fait preuve d’une endurance inattendue. «L’Iran, observe l’experte, n’a pas besoin de ‘gagner’ la guerre en termes conventionnels. Il a besoin de rendre la guerre coûteuse, imprévisible, et suffisamment longue».

Pour la BBC, l’explication est simple: l’Iran a bien préparé cette échéance.
«Des experts affirment que, contrairement à des pays de la région comme la Tunisie, l’Egypte et la Syrie, où des dirigeants ont été renversés, l’Iran a mieux résisté aux chocs extérieurs grâce à son appareil sécuritaire à forte composante idéologique. Plutôt qu’une dictature classique centrée sur une seule personne, l’Iran est une polydictature, une alliance entre les partisans de l’islam politique et le nationalisme iranien exacerbé», explique Bernard Hourcade, ancien Directeur de l’Institut Français de Recherches en Iran (IFRI), basé à Téhéran.

Le pouvoir est réparti entre plusieurs centres (instances religieuses, forces armées et pans entiers de l’économie) ce qui rend le système bien plus difficile à renverser qu’une dictature à dirigeant unique. Parmi les autres organes détenant le pouvoir figure le Conseil des gardiens, qui peut opposer son veto aux lois et examiner les candidatures aux élections. Ceci réduit d’autant plus les risques qu’une faction puisse sérieusement contester l’Etat. Si les institutions constituent l’ossature du régime, les forces de sécurité en sont largement perçues comme le bras armé. Le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI), opérant aux côtés de l’armée régulière, est souvent considéré comme “l’épine dorsale du régime», explique l’ancien Directeur de l’IFRI.

Au-delà de son rôle militaire, il est devenu une puissance politique et économique, avec des intérêts commerciaux considérables et une influence importante grâce à la milice Bassidj, une organisation paramilitaire de volontaires. Surtout, les forces de sécurité sont restées unies malgré les troubles répétés. On attribue cette loyauté à l’idéologie. «Cette culture du martyre que l’on retrouve chez les chiites et au sein de groupes comme le Hamas et le Hezbollah est presque considérée comme faisant partie intégrante de leur fonction».

Un régime organisé pour faire face à cette guerre prévisible, et un fanatisme partagé par une partie de la population, même minoritaire : voilà qui explique la résistance iranienne. Mais cela était su, et rien n’explique donc l’imprévision, notamment pour Ormuz, des Américains et des Israéliens. Il y a eu des erreurs d’appréciation, partagées par bien des commentateurs. Mais il faut tenir compte de la détestation médiatique de Trump et de ceux qui souhaitent son échec par courte vue idéologique, sans mesurer ce que représenterait, à l’échelle mondiale, un succès, même relatif, de l’Iran.

La prochaine semaine sera certainement décisive, mais qu’y a-t-il encore de certain?

Patrice Zehr 

 

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