Nous sommes devenus les managers sévères de notre propre enveloppe charnelle, négociant avec elle à coups de calories brûlées et de muscles sculptés. Dans cette frénésie, nous avons perdu l’essentiel : l’art de l’écoute.
Car le corps n’est pas une machine à contrôler. C’est un écosystème vivant, un territoire à habiter avec bienveillance. Ses messages sont subtils et constants. La fatigue n’est pas une faiblesse à vaincre, mais un signal à déchiffrer. L’inconfort n’est pas un ennemi, mais un messager.
Cette fameuse « élimination des toxines », souvent évoquée avec légèreté, symbolise bien plus qu’un processus physiologique. Elle est la métaphore tangible d’une libération nécessaire : celle des surplus, des tensions, des résidus émotionnels et physiques que nous accumulons, jour après jour, par simple fait d’être au monde.
Le véritable bien-être ne commence pas avec une nouvelle méthode radicale, mais avec une pause. Un silence. Un retour à ce dialogue intime.
Le corps sait. Il connaît la voie du rejet et celle de l’intégration.
Cette sagesse silencieuse est notre ancrage le plus fiable dans un monde volatile. Elle transcende les modes et les dogmes. Elle ne promet pas une vie sans douleur ni fatigue, mais elle offre quelque chose de plus précieux : une vie en alliance. Une vie où l’on cesse de se faire la guerre pour entamer une collaboration. Où l’on reconnaît que les moments de purge, comme ceux de régénération, font partie du même cycle sacré de la vie.
Réapprendre ce langage, c’est entreprendre le plus humble et le plus révolutionnaire des voyages : celui de quelques centimètres vers l’intérieur, à la rencontre de l’oracle que nous portons tous. Il ne murmure pas de grands secrets métaphysiques. Il dit simplement :
Conseil léger pour la route : La prochaine fois que vous sentez votre corps parler – par une tension, un soupir, une envie soudaine de vous étirer – prenez trente secondes. Juste trente petites secondes. Arrêtez-vous. Fermez les yeux si vous le pouvez. Et au lieu de juger ou d’ignorer ce signal, demandez-vous simplement, avec une douce curiosité : « Qu’est-ce que tu es en train de m’apprendre ? »
Pas besoin de réponse immédiate. Pas besoin de changer quoi que ce soit sur-le-champ. L’important, c’est d’avoir posé la question. C’est de s’être souvenu, l’espace d’un souffle, que vous êtes aussi votre propre interlocuteur le plus précieux.
Et si vraiment aucune réponse ne vient… offrez-vous un grand verre d’eau. On ne se trompe jamais avec ça.
Belle écoute…
par Abla TLEMÇANI













































